Les commissaires d’exposition d’art contemporain en France. Portrait socioprofessionnel et comparaisons

Ce rapport propose un premier portrait sociologique des commissaires d’exposition d’art contemporain exerçant en France (en 2008). L’enquête permet de révéler qu’il y a au moins autant de commissaires d’exposition d’art contemporain en France que de conservateurs du patrimoine toutes spécialités confondues. Elle confirme ainsi l’inflation du nombre des intermédiaires dans le monde de l’art contemporain français depuis les années 1980 et le développement d’une position nouvelle dans le champ de l’art contemporain. Malgré cette importance croissante, l’activité reste méconnue.

La situation professionnelle des commissaires d’art contemporain est caractérisée par une forte précarité et par une intermittence des périodes d’emploi. L’indépendance est aussi une étape incontournable dans les carrières, un commissaire sur deux seulement exerçant aujourd’hui dans une structure et un cinquième bénéficiant d’un CDI. En conséquence, les commissaires sont très majoritairement pluriactifs dans le monde de l’art contemporain, 75 % obtenant au moins la moitié de leurs revenus d’une autre activité dans ce secteur. Le commissariat est très majoritairement une activité complémentaire d’autres activités dans le milieu de l’art. Le revenu annuel médian issu de l’activité de commissariat est d’ailleurs inférieur à 500 euros annuels et seules 7 % des personnes interrogées touchent plus de 20 000 euros par an en étant commissaire. Les diplômes ont en outre peu d’effets pour protéger de cette précarité économique. Pourtant, les commissaires d’art contemporain sont de plus en plus diplômés : d’abord dans les disciplines des arts plastiques puis en histoire de l’art, même si les plus jeunes viennent désormais de plus en plus souvent de formations spécialisées dans les métiers de l’exposition et la gestion culturelle. Les commissaires ont par ailleurs très majoritairement moins de 45 ans et sont d’origine provinciale. Ils sont majoritairement issus des classes moyennes et supérieures, ont hérité de ressources culturelles importantes et ont souvent connu une orientation scolaire précoce vers les mondes de l’art. L’activité est plus féminisée que l’activité de plasticien.

L’activité curatoriale est caractérisée par la polyvalence des compétences mises en jeu. La prospection des artistes et des œuvres, l’accrochage et la mise en espace, la communication, le conseil aux artistes constituent, pour la majorité des commissaires d’art contemporain, le cœur de leur métier. Ainsi le « commissaire idéal » doit-il avant tout avoir de l’œil puis des capacités relationnelles et de travail en équipe. Une exposition « réussie » suscite des débats avant d’attirer un nombre de visiteurs importants ou de permettre de poursuivre son activité. Mais les commissaires se plaignent d’un manque de reconnaissance de la part du grand public et surtout des conservateurs et de l’administration. Les obstacles à l’activité sont cependant vus aujourd’hui comme étant avant tout matériels : il s’agit d’abord des difficultés techniques à se faire rétribuer puis du manque de ressources disponibles pour monter des expositions. Au total, sur le plan économique et professionnel, la vie des commissaires est actuellement plus proche de la vie d’artiste que de celle des conservateurs de musée. Le commissariat d’art contemporain constitue en effet un marché du travail ouvert et non régulé où l’offre est très supérieure à la demande, ce qui implique de fortes inégalités dans la distribution des rétributions économiques et symboliques. À ce tableau conforme à ce qu’est l’emploi artistique actuel en général s’ajoute une incertitude forte des commissaires sur leur identité collective, ce dont témoigne la variation importante des définitions de soi utilisées par les personnes interrogées. Une telle variation est cependant explicable par le fait que le commissariat d’art contemporain est rarement la principale source de revenus et que d’autres activités — notamment d’artistes, de directeurs de centre d’art, d’enseignants, etc. — définissent mieux l’identité principale des personnes.

Il y a en définitive, derrière ces variations de définitions de soi, plusieurs manières d’être commissaires d’art contemporain. L’enquête a ainsi permis d’aller au-delà des seuls traits généraux de l’activité et de ses représentations afin d’isoler trois profils distincts : le jeune commissaire indépendant qui tend à être plus souvent parisien et précaire ; l’artiste-commissaire qui tend à travailler plus souvent en association et en province avec en général une reconnaissance et des revenus encore plus faibles ; le commissaire salarié qui tend à être plus souvent rattaché à une structure, est fréquemment plus âgé et moins diplômé, mais pourtant plus actif, plus reconnu et plus internationalisé que les deux autres types de commissaires. Suivant son appartenance à l’un de ces trois sous-groupes, chaque commissaire d’art contemporain aura aujourd’hui des intérêts différents, notamment en ce qui concerne la structuration souhaitable de l’activité et les formes de revendications qui pourraient ou devraient être construites collectivement.

Rapport_CEA

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